Nov 03 2017

La campagne pro-Brexit financée de manière occulte

Les négociations entre Londres et Bruxelles sont toujours dans l’impasse, un système de financement occulte de la campagne en faveur du Brexit a été mis au jour.

01/11/2017  Le Point.fr

À en croire le député travailliste Ben Bradshaw, le site ultranationaliste américain Breitbart a indirectement financé la campagne menée par le parti europhobe et populiste Ukip lors du référendum du 23 juin 2016 sur le largage des amarres avec l’Union européenne. Selon le député du Labour, deux membres de l’état-major de l’Ukip, qui travaillaient soi-disant à titre gracieux, ont en fait été payés par Breitbart, un média proche de l’extrême droite américaine.

 

l’époque de la campagne référendaire, le président exécutif de Breitbart, Stephen Bannon, était très proche du patron de l’Ukip, Nigel Farage. Considérant la formation xénophobe, alors en pleine ascension, comme l’équivalent britannique de son Tea Party, cet ancien conseiller de Donald Trump avait créé une antenne de Breitbart à Londres, en 2014. C’est par son truchement qu’auraient transité les fonds américains. Exclu du courant pro-Leave officiel, qui regroupait des anti-européens modérés, de droite comme de gauche, Farage avait créé son propre courant, LeaveEU.

Proche de Trump

Après la consultation, Farage avait publiquement déclaré que Breitbart avait joué un rôle « significatif » dans le succès du camp du Brexit. Pour sa part, Bannon avait été l’un des architectes de la victoire de Donald Trump, ce qui lui avait valu d’être nommé conseiller stratégique de la Maison-Blanche. Il avait démissionné de son poste en août 2017 pour reprendre du service à la tête de Breitbart.

Grâce à Bannon, Nigel Farage avait eu l’honneur de se faire photographier en compagnie du président élu, le 14 novembre 2016, dans le hall de la Trump Tower de New York. Il était accompagné du financier britannique Arron Banks, le principal pourvoyeur de fonds de l’Ukip lors de la consultation. Et c’est là où le bât blesse. En effet, Banks est dans le collimateur d’Open Democracy, organisme œuvrant à la transparence de la vie publique d’outre-Manche. Dans un rapport, l’ONG dénonce l’utilisation par l’intéressé de fonds à la limite de la légalité pour soutenir Farage lors de la campagne référendaire. La fortune de l’entrepreneur établi à Bristol est totalement opaque. En effet, son pécule est caché dans des paradis fiscaux – île de Man, îles Vierges britanniques, Belize et Gibraltar… Pour brouiller les pistes, les fonds de Banks à destination de l’Ukip auraient transité via le parti unioniste démocratique nord-irlandais, virulemment anti-européen.

Fonds étrangers

Breitbart et Banks démentent les faits qui leur sont reprochés. La législation électorale britannique interdit le financement de campagnes électorales par des fonds étrangers. Or, Breitbart est une entité américaine. Quant aux zones off shore que sont Man, les îles Vierges et Gibraltar, où sont immatriculées la plupart des sociétés de Banks, elles sont totalement autonomes du gouvernement de Londres en matière financière. Ces territoires ne dépendent pas de la Banque d’Angleterre en matière de contrôle des flux d’argent. Ex-colonie britannique, Belize est un État indépendant. C’est pourquoi Bradshaw a demandé à la Première ministre, Theresa May, l’ouverture d’une enquête officielle sur les allégations visant les « parrains » de l’Ukip.

Il est peu probable que Mme May accepte les recommandations du parlementaire travailliste. En effet, les plus ultras des députés conservateurs voient derrière ces révélations, une nouvelle preuve du refus du camp du maintien dans l’UE de reconnaître le verdict populaire. Par ailleurs, après les élections ratées du 8 juin 2017, la survie du gouvernement conservateur dépend du soutien des députés protestants nord-irlandais. Quant aux paradis fiscaux de la Couronne, ils devraient jouer un rôle important à l’issue du Brexit pour compenser le transfert d’activités financières de la City à Francfort, Paris, Luxembourg ou Dublin.