Discours 80ème anniversaire MASSACRE D’ASCQ 2024

Mesdames et Messieurs les représentants des Corps Constitués, Nationaux, Régionaux, Départementaux, Métropolitains et Villeneuvois,

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions qui assurent avec courage et pugnacité notre sécurité, armée, gendarmerie, police nationale, police municipale,  sans oublier nos  sapeurs-pompiers et les secouristes ,

Mesdames et Messieurs les représentants des Anciens Combattants et des Ordres Honorifiques, leurs porte drapeaux , ainsi que de nos associations villeneuvoises,

Mesdames et messieurs les musiciens , toujours fidèle en cette occasion

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Monsieur GAUME , Préfet des Hauts de France,

Madame la Sénatrice  AUDREY LlKENHELD

Monsieur le Sénateur KANNER , 

Monsieur le député BERNALICIS

Madame BARISEAU représentant Monsieur Xavier Bertrand

Monsieur SADRY , adjoint au Maire d’Oradour sur Glane,

Madame la Générale de Gendarmerie JEGADEN NELLY

Monsieur le Lieutenant Colonel MARISSIAUX

Monsieur le Directeur départemental de la sécurité publique THIERRY COURTECUISSE ,

Monsieur le capitaine ANDRIEUX  du SDIS

Monsieur Cottet Directeur académique des services de l’Education Nationale 

Monseigneur l’évêque LE BOULC’H 

      (Je précise , en cet instant , pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïtés que je ne peux citer que les 12 personnalités  qui m’ont répondu à notre invitation)

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Mesdames et Messieurs les élu(e)s de la Ville de Villeneuve d’Ascq, des villes voisines et des différentes autres collectivités,

Mesdames et messieurs les Conseillers de quartiers , du Conseil des Ainés , du Conseil de la vie associative et du Conseil des Jeunes

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Mesdames et Messieurs les membres et les proches des familles des 86 Massacrés d’Ascq qui comme chaque année vous êtes associés à la préparation de notre manifestation et que je salue avec émotion,

Monsieur André BARATTE, dernier survivant de cette nuit tragique du 1 avril 1944 où il faillit être emporté avec son père,

Madame Johanna TRENEL qui ,elle aussi, fut témoin de la rafle qui conduisit au massacre des 86 Ascquois ,

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             Chers enfants qui nous avez accompagnés hier soir et aujourd’hui,

Mes chères concitoyennes et mes chers concitoyens.

Mesdames ,Messieurs,

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Il y a presque 45 ans aujourd’hui, c’était le 08 avril 1979, ici même au pied du Tertre des Massacrés  à l’occasion du 35ème anniversaire du Massacre d’Ascq, je commençais ainsi mon discours en des termes que je veux reprendre une nouvelle fois en ce matin du 24 mars 2024  à l’occasion du 80 -ème anniversaire ,       

je cite:

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1er avril 1944 – 22h45 – Un convoi ferré roule à 25 km/h. Une explosion se produit. Quelques wagons déraillent et la locomotive s’arrête.

Une demi heure se passe où tout paraît calme, puis brutalement des ordres fusent, stricts, précis et brutaux.

23H15 ,des fusils, des mitrailleuses et des revolvers entrent en action.

Blottis dans leurs maisons, les habitants se demandent ce qui se passe.

Mais au fond d’eux-mêmes ils sentent la mort rôder.

Au fond d’eux-mêmes ils sont glacés d’épouvante.

Deux jours plus tard, un journal « Le Réveil du Nord » publiera dans la rubrique Ascq Etat-Civil, la liste de 86 fusillés…..

1er avril 1944 – L’horreur et l’épouvante se sont emparées des habitants d’Ascq et les ont frappés.

Oui, pour eux , l’enfer et la barbarie existent.

Ils les ont découverts en une nuit tragique, après et avant bien d’autres cités martyrisées en France, en Europe et ailleurs.

Mesdames et Messieurs nous voici donc rassemblés devant une page d’histoire …nous voici rassemblés devant une tâche de sang.

Et nous nous devons au Souvenir.

Nous le devons aux victimes, à leurs veuves, à leurs enfants, à leurs familles, à leur village. 

Nous nous inclinons devant eux.

Nous le devons à tous ceux qui ont vécu cette période sombre de notre histoire.

Nous le devons à tous les autres, qui plus jeunes, ignorent  souvent le sacrifice de leurs aînés.

Notre responsabilité est aujourd’hui immenseà un moment où des guerres et des conflits de toutes formes s’allument, tour à tour, au gré des continents.

A une époque où partout au nom d’idéologies les plus diverses, on massacre, on déporte, on torture, on interne, on emprisonne, 

Ascq nous le rappelle :

les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. »

fin de citation)

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Voilà Mesdames, Messieurs, ce que  je déclarais déjà ici même il y a 45 ans.

Voilà ce que je rappelle au pied du Tertre tous les 5 ans …et , sous une forme certes moins solennelle, ce que je rappelle tous les ans dans la salle Pierre et Marie Curie, 

       une salle cette salle Pierre et Marie CURIE… un lieu qui restent marqués à jamais par cet horrible drame en recueillant dans la nuit de 1 au 2 avril 1944 les dépouilles ensanglantées des 86 Ascquois massacrés 

Aujourd’hui, 24 mars 2024, nous commémorons le 80ème anniversaire de ce massacre 

et je n’ai vraiment rien de fondamental à modifier dans ce que j’écrivais déjà en 1979 sinon que d’insister comme chaque année , avec force, sur les raisons  d’un tel massacre ?  …  quand 80 ans après cette nuit d’horreur , nous sommes, une fois encore, réunis pour rendre hommage à la mémoire de ces 86 victimes de cette barbarie innommable.

Chaque année, en effet, nous nous inclinons au cimetière d’Ascq devant les tombes de ces 86 victimes 

après nous être rassemblés sur le Tertre où nous sommes en cet instant 

et avant de nous recueillir devant le Monument des fusillés du Fort de Seclin.

Sur chacune de ces stèles, un nom, un prénom et l’âge auquel le fil d’une vie fut coupé.

Il est encore aujourd’hui, 80 ans après, quelques-uns d’entre vous qui ont connu ces victimes. Je m’incline, une fois encore, devant leur chagrin.

Au demeurant, en 2024, pour bien sûr bien davantage d’entre nous, 80 ans après, 

ce sont des noms d’hommes que nous n’avons jamais connus autrement que gravés dans la pierre, dans les mémoires et dans les cœurs de leurs parents et de leurs proches.

Cela ne nous empêche pas, bien au contraire, une fois encore ce matin, de nous interroger sur ce qu’aurait été leur vie, sans cette nuit tragique.

Comment, en effet, ne pas penser à ce que serait devenu cet homme, à la vie qui s’ouvrait devant celui-là , aux bonheurs qu’auraient pu vivre tous ceux-là ?

A côté de la peine qui étreint encore les cœurs, il y a toujours une colère face à ces avenirs rendus impossibles du fait de bourreaux massacreurs.

La mort d’un homme, ce sont tellement de possibilités disparues, de richesses humaines anéanties, d’espoirs à jamais perdus, d’humanité annihilée.

    Et ils furent 86 à perdre tout cela en ce 1er avril 1944,

86 massacrés… et tout un village qui a basculé dans le drame, un village, Ascq et ses habitants pour lesquels rien alors ne sera plus jamais « comme avant »…

C’est à eux tous que nous pensonsune fois encore, 80 ans après … aux quelques celles et quelques ceux qui, de moins en moins nombreux , sont encore parmi nous …ou pas très loin de nous,

sans oublier celles et à ceux qui ont disparu au fil des ans, du fait de la loi inexorable du temps qui passe.

Pour elles comme pour eux, un pan de leur vie a été cassé en cette nuit d’avril 1944, un vide s’est ouvert qui ne s’est jamais refermé.

Un vide qui, à un autre niveau sans doute, ne s’est jamais non plus refermé pour celles et ceux qui, certes, n’ont pas connu ce jour tragique mais qui ont, depuis, rejoint la communauté Ascquoise puis villeneuvoise … car une communauté, ne l’oublions jamais, c’est une histoire partagée.

Et votre présence importante, aujourd’hui encore, montre, une fois de plus, que la tragédie du Massacre d’Ascq est un des éléments qui a fondé notre Ville ,Villeneuve d’Ascq et qui a contribué à faire ce qu’elle est aujourd’hui.

L’hommage que nous rendons une fois encore aux victimes, est un devoir de mémoire envers eux, leur famille, leurs proches 

 et c’est aussi un hommage aux victimes de toutes les barbariesen Ukraine bien sûr et au Moyen-Orient.

Les victimes du Massacre d’Ascq font en effet partie de ces cohortes de suppliciés dont le sang a coulé sur tant de villages et de villes pendant ces années meurtries par les crimes du nazisme et du fascisme , des régimes assassins qui sous d’autres noms n’ont pas cessé de perdurer en envoyant leurs tueurs sortir des civils de leurs demeures pour les exécuter

Nous réunir, une fois encore, 80 ans plus tard, c’est donc affirmer que nous n’oublions ni l’horreur de ces faits, ni leurs coupables, ni leurs causes.

Ascq est entrée dans l’Histoire et dans notre Histoire.

Notre devoir est de faire en sorte que cette Histoire soit vivante, qu’elle témoigne, qu’elle enseigne, qu’elle aide à comprendre comment l’inhumain a pu devenir si commun, comment l’inimaginable a pu devenir si banal et comment la barbarie a pu devenir si quotidienne…aujourd’hui encore.

La Mémoire des 86 suppliciés d’Ascq nous parle de cette nuit du 1 au 2 avril 1944.

Elle nous parle aussi des années de guerre.

Elle nous parle de la barbarie dans les idéologies d’abord et ensuite , toujours très vite , dans les faits.

Elle nous interpelle encore et toujours.

Comment l’Europe avait pu en arriver là ?

Comment « la bête immonde » avait pu grandir et se préparer à tuer aux yeux de tous, sans être écrasée avant de commencer à nuire ?

Pourquoi peut-on encore dire qu’aujourd’hui, le ventre d’où elle a surgi est encore fécond ?

Ces questions m’obsèdent aujourd’hui  plus que jamais…quand je vois tout ce qui se passe et qui me rappelle ce qu’enfant me racontaient mes parents et grand parents

La Mémoire des 86 suppliciés d’Ascq nous parle de notre temps en ce 21ème siècle

Elle nous interpelle sur toutes les victimes de notre temps, de toutes les guerres et de tous les terrorismes.

Elle nous donne des responsabilitéscelles de tous les citoyens qui ne ferment pas les yeux , celles de tous les responsables, celles de tous les démocrates, celles de toutes celles et de tous ceux pour qui les Droits de l’Homme sont le fondement de leur action …sinon de leur vie.

Parce que notre terre Ascquoise a été le théâtre de cette tragédie, ceux qui y vivent ne peuvent fermer les yeux devant les tragédies de notre temps ni rester muets devant les tentatives des négationnistes et surtout aujourd’hui devant une dictature sanguinaire qui pratique de mêmes horreurs dans un pays à l’est de l’Europe.

Chaque fois qu’un civil innocent meurt sous les balles, où que ce soit dans le monde, en Europe , au Moyen Orient , en Afrique  et ailleurs …

c’est un peu Ascq qui recommence,

               oui, Mesdames et Messieurs je le répète ici comme tous les 5 ans et donc, pour moi pour la 9ème et dernière fois,

chaque fois qu’une famille se terre pour échapper aux bourreaux, c’est un peu Ascq qui recommence,

chaque enfant qui souffre, chaque adulte abattu, chaque mère qui pleure sont tellement proches de celles et de ceux qui ont connu Ascq en avril 1944.

Oui, Mesdames, Messieurs, mon émotion d’homme se mêle une fois encore avec un sentiment de honte en tant qu’être humain.

          Honte de savoir que 80 ans plus tard, d’autres massacres n’ont pu être empêchés et ne sont pas empêchés , ailleurs, plus loin, …

c’est à dire toujours très près de nous.

Et je pense et je le redis, une fois de plus :

Nous avons un devoir de Révolte , comme nous avons un devoir de Mémoire .

Nous avons un devoir de vigilance, comme nous avons un devoir de Mémoire.

Nous avons un devoir d’action, comme nous avons un devoir de Mémoire.

Agir aujourd’hui, contre toutes les barbaries de notre temps, c’est être fidèle à notre devoir de Mémoire.

Honorer solennellement la Mémoire des victimes du Massacre d’Ascq, c’est être fidèle à notre devoir de citoyens européens et de citoyens du monde.

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Mesdames et Messieurs,

Mes chères concitoyennes et mes chers concitoyens,

Merci du fond du cœur de donner en ce 24 mars 2024, par votre présence à notre commémoration, la solennité émue qui lui convenait une fois encore.

Merci au nom d’Ascq et de Villeneuve d’Ascq.

Merci à toutes et à tous, y compris à celles et ceux qui n’étant pas présents , nous ont envoyé des messages pour s’en excuser , 

Merci au nom de notre volonté que je sais largement partagée de tout faire pour que de telles horreurs arrêtent d’ensanglanter notre Europe …

     et qu’elles cessent partout ailleurs sur notre planète… 

Mesdames, Messieurs, mes chers concitoyens , nous avons le devoir de :

Tout faire contre l’oubli du passé !

Tout faire pour la Paix !… y compris en préparant notre défense contre ceux qui voudraient nous faire revivre de telles ignominies.

Tout faire pour retrouver une humanité plus « apaisée » !

Tels sont nos et mes engagements aujourd’hui renouvelés ici, à Ascq, au pied du Tertre des Massacrés

             Vive la République et Vive la France !

Gérard Caudron

Le 24 mars 2024