{"id":2227,"date":"2016-03-08T22:03:09","date_gmt":"2016-03-08T21:03:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/?p=2227"},"modified":"2016-03-08T22:03:09","modified_gmt":"2016-03-08T21:03:09","slug":"elections-en-irlande-les-trois-lecons-pour-leurope","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/?p=2227","title":{"rendered":"Elections en Irlande : les trois le\u00e7ons pour l&rsquo;Europe"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/irlande.jpg\" rel=\"attachment wp-att-2228\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2228\" src=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/irlande.jpg\" alt=\"irlande\" width=\"612\" height=\"306\" srcset=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/irlande.jpg 612w, http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/irlande-300x150.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 612px) 100vw, 612px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/journalistes\/romaric-godin-22\">Romaric Godin<\/a> \u00a0|\u00a0 29\/02\/2016,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le comptage des voix en Irlande, ce week-end. Le gouvernement a \u00e9t\u00e9 durement sanctionn\u00e9. La lourde d\u00e9faite de la coalition sortante en Irlande est aussi une d\u00e9faite pour la strat\u00e9gie \u00e9conomique des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes \u00e0 l&rsquo;oeuvre depuis 2010. Quels enseignements tirer du scrutin irlandais ?<\/p>\n<p>Les \u00e9lections irlandaises du 26 f\u00e9vrier n&rsquo;\u00e9taient pas qu&rsquo;un test pour le gouvernement sortant du Taoiseach (premier ministre) Enda Kenny, c&rsquo;\u00e9tait aussi une \u00e9preuve \u00e9lectorale pour les politiques impos\u00e9es par les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes \u00e0 partir de 2010 \u00e0 ce pays comme au quasi-reste de la zone euro. Car la politique de la coalition sortante, qui regroupait le Fine Gael du premier ministre et les Travaillistes du Labour, n&rsquo;est pas celle du programme de ces partis lors des pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9lections, c&rsquo;est celle qui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par la tro\u00efka (BCE, FMI, Commission europ\u00e9enne). Lorsque, en avril 2011, le nouvel ex\u00e9cutif a tent\u00e9, comme il s&rsquo;y \u00e9tait engag\u00e9, de\u00a0faire payer les cr\u00e9anciers des banques plut\u00f4t que les contribuables, <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/irlande-la-commission-d-enquete-sur-la-crise-financiere-met-en-cause-la-bce-546559.html\">la BCE, alors dirig\u00e9e par Jean-Claude Trichet<\/a>, l&rsquo;a forc\u00e9 \u00e0 faire marche arri\u00e8re, mena\u00e7ant de \u00ab\u00a0lancer une bombe sur Dublin\u00a0\u00bb, autrement dit, de sortir \u00ab\u00a0<em>manu militari\u00a0\u00bb<\/em> l&rsquo;Irlande de la zone euro si elle d\u00e9sob\u00e9issait.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0\u00c9l\u00e8ve mod\u00e8le\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>A partir de 2013, l&rsquo;Irlande a eu le statut \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve mod\u00e8le\u00a0\u00bb de cette politique\u00a0: premier pays \u00e0 sortir du \u00ab\u00a0programme\u00a0\u00bb de la tro\u00efka, premier \u00e0 revenir sur les march\u00e9s, premier \u00e0 retrouver une croissance entretemps devenue tr\u00e8s rapide. En mars 2014, le Parti populaire europ\u00e9en (PPE) avait choisi Dublin pour lancer sa campagne pour les \u00e9lections europ\u00e9ennes, laquelle avait abouti \u00e0 la nomination de Jean-Claude Juncker, le candidat soutenu par Angela Merkel, \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Commission. La chanceli\u00e8re n&rsquo;avait alors pas assez de louanges\u00a0pour Enda Kenny. Un an plus tard, alors que l&rsquo;Eurogroupe tentait de briser\u00a0la volont\u00e9 de changement du nouveau gouvernement grec, Wolfgang Sch\u00e4uble, Jeroen Dijsselbloem et ce m\u00eame Jean-Claude Juncker n&rsquo;en finissaient pas\u00a0de se r\u00e9f\u00e9rer, inlassablement,\u00a0\u00e0 l&rsquo;exemple de l&rsquo;Irlande, pour justifier le pr\u00e9tendu succ\u00e8s des \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>\u00c9chec cuisant pour Enda Kenny&#8230; et des dirigeants de\u00a0la zone euro<\/h2>\n<p>C&rsquo;est dire combien\u00a0le bilan d&rsquo;Enda Kenny doit\u00a0\u00eatre identifi\u00e9 \u00e0 celui des dirigeants de la zone euro. Et donc, que son \u00e9chec est aussi le leur. Or, cet \u00e9chec est cinglant. Sur les \u00ab\u00a0premi\u00e8res pr\u00e9f\u00e9rences\u00a0\u00bb (les Irlandais \u00e9tablissent des votes par ordre de pr\u00e9f\u00e9rence), le Fine Gael et le Labour obtiennent respectivement 25,52 % et 6,61 %. Ces 32,13 % des voix repr\u00e9sentent un recul de 23,6 points. 43 % de l&rsquo;\u00e9lectorat de la coalition en 2011 l&rsquo;ont abandonn\u00e9 vendredi dernier. Certes, le Fine Gael demeure la premi\u00e8re force d&rsquo;Irlande, mais c&rsquo;est une bien pi\u00e8tre consolation\u00a0: il revient sous son score de 2007, \u00e0 un niveau assez traditionnel. Bref, il retrouve son \u00e9lectorat habituel alors que la crise lui donnait l&rsquo;opportunit\u00e9 de remplacer le Fianna F\u00e1il comme parti dominant de la politique irlandaise. Surtout, Enda Kenny aura bien du mal \u00e0 constituer une nouvelle coalition.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9faite est donc aussi la d\u00e9faite des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes. Aussi, ces derni\u00e8res seraient-elles bien inspir\u00e9es de retenir quelques le\u00e7ons de ce scrutin irlandais de 2016.<\/p>\n<h2>\u00a01\u00e8re le\u00e7on : la croissance ne suffit pas<\/h2>\n<p>Le premier enseignement de l&rsquo;\u00e9lection est que <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/irlande-la-face-cachee-de-la-croissance-552221.html\">la croissance du PIB ne suffit pas \u00e0 effacer les effets n\u00e9gatifs de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et des \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0<\/a>\u00bb. Cet enseignement \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 apparu clairement apr\u00e8s les \u00e9lections espagnoles du 20 d\u00e9cembre. Les taux de croissance, dont se f\u00e9licitent les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes, ne repr\u00e9sentent en effet qu&rsquo;une partie de la r\u00e9alit\u00e9. Mais c&rsquo;est oublier que cette prosp\u00e9rit\u00e9 est forc\u00e9ment tr\u00e8s in\u00e9gale car elle est fond\u00e9e sur un abaissement du co\u00fbt du travail. Ainsi, les m\u00e9nages les plus fragiles sont encore plus fragilis\u00e9s par une\u00a0pr\u00e9carisation accrue de l&#8217;emploi, des salaires faibles, des transferts sociaux r\u00e9duits et\u00a0des services publics d\u00e9grad\u00e9s.<\/p>\n<p>&gt; L&rsquo;erreur d&rsquo;Enda Kenny<\/p>\n<p>Enda Kenny a donc commis une erreur fondamentale en niant cette situation et en centrant son discours sur la \u00ab\u00a0poursuite de la reprise\u00a0\u00bb, alors que la majorit\u00e9 des Irlandais vivent encore un quotidien marqu\u00e9 par les mesures d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9. D\u00e8s lors, la cr\u00e9dibilit\u00e9 de son discours a fondu comme neige au soleil. En deux semaines, son parti a perdu cinq points dans les sondages. Les \u00e9lecteurs ont compris, non sans raison, son slogan sur la reprise comme un simple d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>&gt; Une croissance <em>malgr\u00e9<\/em> l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, pas <em>gr\u00e2ce<\/em> \u00e0 l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<p>L&rsquo;autre \u00e9l\u00e9ment, plus propre \u00e0 l&rsquo;Irlande, est que la croissance du pays n&rsquo;est, en r\u00e9alit\u00e9, pas le fruit de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9. <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/economie\/union-europeenne\/la-troika-n-est-pour-rien-dans-la-croissance-irlandaise-552881.html\">Elle est le fruit de la strat\u00e9gie d&rsquo;attractivit\u00e9 du pays pour les grandes multinationales, strat\u00e9gie centr\u00e9e sur la faiblesse des\u00a0imp\u00f4ts sur les soci\u00e9t\u00e9s.<\/a> Or, l\u00e0 encore, les \u00e9lecteurs irlandais n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 dupes. Ils savent que la croissance \u00ab \u00e0 la chinoise\u00a0\u00bb du pays ne leur profite pas parce qu&rsquo;elle est dop\u00e9e artificiellement par les transactions de ces groupes mondiaux dont la pr\u00e9sence n&rsquo;am\u00e9liore\u00a0que tr\u00e8s partiellement la vie\u00a0quotidienne des Irlandais. Le discours d&rsquo;Enda Kenny &#8211; soutenu implicitement par les Europ\u00e9ens -, qui consistait \u00e0 lier la croissance du pays \u00e0 la politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, est donc apparu \u00e0 la fois d\u00e9connect\u00e9 du terrain et mensonger. Les Irlandais savent que la croissance est revenue <em>en d\u00e9pit<\/em> de la politique de la coalition, non <em>gr\u00e2ce<\/em> \u00e0 elle. Ils n&rsquo;ont donc pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0ingrats\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0irr\u00e9fl\u00e9chis\u00a0\u00bb, mais bien logiques et r\u00e9fl\u00e9chis\u00a0en sanctionnant le gouvernement sortant.<\/p>\n<p>&gt; Un mod\u00e8le \u00ab\u00a0non inclusif\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La le\u00e7on \u00e0 retenir pour l&rsquo;Europe est qu&rsquo;il convient de remettre en question cette logique de \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb visant \u00e0 abaisser le co\u00fbt du travail. Cette strat\u00e9gie est \u00e9conomiquement discutable et conduit \u00e0 des croissances \u00ab\u00a0non inclusives\u00a0\u00bb, pour reprendre les mots des grands instituts \u00e9conomiques europ\u00e9ens. S&rsquo;extasier sur des chiffres est donc inutile et contre-productif\u00a0: la zone euro, pour survivre, doit promouvoir un mod\u00e8le de croissance \u00ab\u00a0inclusif \u00bb.<\/p>\n<h2>2e le\u00e7on : la destruction des syst\u00e8mes politiques<\/h2>\n<p>La deuxi\u00e8me le\u00e7on est politique. Comme en Gr\u00e8ce et en Espagne &#8211; et dans une moindre mesure au Portugal -, les \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb et l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 ont fait exploser le syst\u00e8me politique traditionnel. La cause en est \u00e9vidente. En Irlande, lorsque la deuxi\u00e8me phase de la crise a d\u00e9but\u00e9, en novembre 2010, le gouvernement Fianna F\u00e1il de Bertie Ahern a tent\u00e9 de r\u00e9duire l&rsquo;ajustement en faisant participer les cr\u00e9anciers au sauvetage des banques, seule source du d\u00e9ficit public. Mais la BCE a menac\u00e9 le gouvernement, lequel gouvernement a finalement\u00a0recul\u00e9, acceptant\u00a0le \u00ab\u00a0programme\u00a0\u00bb de la tro\u00efka. En avril 2011, le nouveau gouvernement d&rsquo;Enda Kenny a fait la m\u00eame tentative &#8211; c&rsquo;\u00e9tait sa promesse &#8211; mais comme\u00a0la BCE a r\u00e9agi de m\u00eame, le gouvernement a, de nouveau, fait\u00a0machine arri\u00e8re. L&rsquo;\u00e9lectorat a tir\u00e9 de ces \u00e9v\u00e9nements une conclusion tr\u00e8s\u00a0simple: les trois partis traditionnels du pays m\u00e8nent la m\u00eame politique et sont incapables d&rsquo;imposer leurs vues \u00e0 la zone euro\u00a0&#8211; ils sont donc inutiles. Certes, en Irlande, l&rsquo;alternance a toujours \u00e9t\u00e9 rare et peu signifiante, les deux partis \u00e9tant de centre-droit. Jusqu&rsquo;en 2011, cette alternance de forme permettait au syst\u00e8me politique de fonctionner. Ce n&rsquo;est plus le cas aujourd&rsquo;hui. Les Irlandais ont besoin d&rsquo;une vraie alternance et le caract\u00e8re factice du syst\u00e8me politique traditionnel appara\u00eet au grand jour. Ceci a conduit \u00e0 un pays difficilement gouvernable.<\/p>\n<p>&gt; Fianna F\u00e1il en hausse, mais pas assez pour sauver les partis traditionnels<\/p>\n<p>Certes, Fianna F\u00e1il obtient un beau score au regard de ses esp\u00e9rances de d\u00e9but de campagne\u00a0: 24,35 % des voix, soit 6,8 points de plus qu&rsquo;en 2011. Mais compte tenu du m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral, cette hausse demeure bien r\u00e9duite. L&rsquo;ancien parti dominant de l&rsquo;Irlande qui, jadis, \u00e9tait capable de rassembler dans toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;a pu r\u00e9cup\u00e9rer que moins d&rsquo;un tiers des d\u00e9\u00e7us de la coalition. Pour se convaincre que ce score du Fianna F\u00e1il est m\u00e9diocre, il faut se souvenir qu&rsquo;il s&rsquo;agit du deuxi\u00e8me plus mauvais score depuis 1927&#8230; apr\u00e8s celui de 2011. Bref, le Fianna F\u00e1il n&rsquo;appara\u00eet pas vraiment comme une alternative. Les deux grands partis ensemble ne cumulent, du reste, que 49,9 % des voix, un record historique de faiblesse. Jamais Fine Gael et Fianna F\u00e1il n&rsquo;avaient mobilis\u00e9 moins de la moiti\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectorat. En 2007, par exemple, ils cumulaient 69 % des voix.<\/p>\n<p>&gt; Pouss\u00e9e de la gauche radicale<\/p>\n<p>Les d\u00e9\u00e7us de la politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 sont donc all\u00e9s ailleurs. Mais les Irlandais sont d\u00e9sempar\u00e9s. Ils n&rsquo;ont pas su choisir une direction claire et se sont dispers\u00e9s dans trois directions. Premi\u00e8re direction, la gauche radicale qui, avec le Sinn F\u00e9in, les Verts et l&rsquo;Alliance contre l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, obtient le plus haut score de son histoire dans ce pays tr\u00e8s conservateur qu&rsquo;est l&rsquo;Irlande\u00a0: \u00a020,52 % des voix contre 14 % en 2011. Le caract\u00e8re tr\u00e8s particulier du Sinn F\u00e9in, longtemps vitrine de l&rsquo;IRA, mais aussi une campagne \u00e9lectorale m\u00e9diocre, ont cependant jou\u00e9 contre lui et son score, 13,85 %, est au final, tr\u00e8s d\u00e9cevant pour lui. L&rsquo;Alliance contre l&rsquo;Aust\u00e9rit\u00e9 (3,95 %) en a profit\u00e9, mais elle reste un mouvement marginal, quand bien m\u00eame elle aura 5 si\u00e8ges.<\/p>\n<p>&gt; Le succ\u00e8s des ind\u00e9pendants et de l&rsquo;abstention est celui du non-choix<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me direction emprunt\u00e9e par les \u00e9lecteurs a \u00e9t\u00e9 celle des ind\u00e9pendants, lesquels\u00a0recueillent 17,83 % des voix, contre 12,1 % en 2011. Les Irlandais, faute de mieux, ont donc souvent fait le choix de personnalit\u00e9s qu&rsquo;ils jugent honn\u00eates et comp\u00e9tentes, en dehors\u00a0des grands partis. Mais ce choix refl\u00e8te en v\u00e9rit\u00e9\u00a0surtout un d\u00e9sarroi\u00a0: celui de ne pouvoir choisir sa politique car il existe des ind\u00e9pendants de tous bords, d&rsquo;extr\u00eame-gauche, ultraconservateurs, lib\u00e9raux ou sociaux-d\u00e9mocrates. Faute de pouvoir choisir sa politique, on a donc choisi des hommes. Cela ressemble en fait \u00e0 un non-choix. Comme l&rsquo;est le \u00ab\u00a0choix\u00a0\u00bb\u00a0de l&rsquo;abstention\u00a0-la troisi\u00e8me direction -, en hausse de 5\u00a0points ce 26 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>&gt; Le\u00a0d\u00e9sarroi des opinions publiques fabrique\u00a0l&rsquo;instabilit\u00e9 politique<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me le\u00e7on pour l&rsquo;Europe est donc celle-ci\u00a0: en abandonnant l&rsquo;id\u00e9e de pouvoir proposer de vraies alternatives pour complaire aux autorit\u00e9s europ\u00e9ennes, les partis traditionnels ont perdu leur capacit\u00e9 de mobilisation. Il s&rsquo;ensuit un d\u00e9sarroi de l&rsquo;\u00e9lectorat, cherchant o\u00f9 il peut des alternatives et de l&rsquo;espoir, avec comme cons\u00e9quence\u00a0une dispersion des voix qui rend les pays difficilement gouvernables. Les \u00e9lections portugaises du 4 octobre et espagnoles du 20 d\u00e9cembre ont confirm\u00e9 cette le\u00e7on. Les \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb promues par tous les grands partis sont des machines \u00e0 d\u00e9truire les syst\u00e8mes politiques. Ce sont des machines \u00e0 cr\u00e9er de l&rsquo;instabilit\u00e9 politique et \u00e0 porter des partis radicaux au pouvoir. Ce sont donc des sources potentielles de crises nouvelles, non de prosp\u00e9rit\u00e9, comme on le croit souvent. Ces dissolution des syst\u00e8mes politiques se voient aujourd&rsquo;hui sur tout le continent.<\/p>\n<h2>3e le\u00e7on : la le\u00e7on \u00e0 la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne<\/h2>\n<p>La derni\u00e8re le\u00e7on est pour la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne. Le Labour irlandais a subi ce 26 f\u00e9vrier une d\u00e9b\u00e2cle historique. Avec 6,67 %, les Travaillistes r\u00e9alisent le troisi\u00e8me plus mauvais score de son histoire, le pire depuis 1987. Il perd pr\u00e8s de 13 points en cinq ans et n&rsquo;aura que 6\u00a0\u00e9lus, un seul de plus que l&rsquo;Alliance contre l&rsquo;Aust\u00e9rit\u00e9. Certes, le Labour irlandais n&rsquo;a jamais vraiment perc\u00e9 dans le pays, bloqu\u00e9 par un Fianna F\u00e1il qui \u00e9tait per\u00e7u comme le parti de la classe ouvri\u00e8re. Il a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00ab\u00a0centriste\u00a0\u00bb et un alli\u00e9 traditionnel du Fine Gael. Mais 2011 et l&rsquo;\u00e9clatement de ce dernier parti avait donn\u00e9 une chance historique au Labour. Avec 19,5 %, il r\u00e9alisait alors son meilleur score depuis 1922 et parvenait \u00e0 s\u00e9duire les d\u00e9\u00e7us du Fianna F\u00e1il sur un programme anti-aust\u00e9ritaire. Mais il a brad\u00e9 cette chance en s&rsquo;alliant avec Enda Kenny. Pour beaucoup de ses \u00e9lecteurs, le Labour n&rsquo;a pas su jouer son r\u00f4le d&rsquo;amortisseur de la politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du gouvernement. En r\u00e9alit\u00e9, soucieux de \u00ab\u00a0bien faire\u00a0\u00bb, le Labour a \u00e9t\u00e9 solidaire de cette politique et actif dans sa mise en \u0153uvre, ne cessant d&rsquo;insister sur le caract\u00e8re \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb des r\u00e9formes.\u00a0Or, on l&rsquo;a vu, ce caract\u00e8re \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vident.<\/p>\n<p>&gt; La d\u00e9route du parti de \u00ab\u00a0l&rsquo;absence\u00a0d&rsquo;alternative\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Labour s&rsquo;est alors enferm\u00e9 dans une logique d&rsquo;absence d&rsquo;alternative, il est devenu le \u00ab parti TINA\u00a0(\u00ab\u00a0there is no alternative\u00a0\u00bb, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative)\u00a0\u00bb. Durant la campagne, il l&rsquo;a confirm\u00e9 en ne se dissociant gu\u00e8re du Taoiseach et en publiant une publicit\u00e9 tr\u00e8s parlante dans les journaux\u00a0: les opposants au gouvernement sous forme de groupe de rock baptis\u00e9 \u00ab\u00a0no direction \u00bb. Histoire de dire que seul le gouvernement sortant avait une direction. Mais comme cette direction n&rsquo;\u00e9tait pas celle que souhaitait\u00a0l&rsquo;\u00e9lectorat, le Labour est apparu comme un parti d&rsquo;opportunistes sans foi ni loi, inutile politiquement, et subissant logiquement les cons\u00e9quences de la volont\u00e9 de changement des \u00e9lecteurs. Une grande partie de ses \u00e9lecteurs de 2011 sont retourn\u00e9s au Fianna F\u00e1il, qui s&rsquo;est engouffr\u00e9 dans l&rsquo;espace laiss\u00e9 au centre-gauche, d&rsquo;autres sont all\u00e9s \u00e0 sa gauche. D\u00e9sormais, les \u00e9lecteurs des partis qui se situent sur sa gauche repr\u00e9sentent plus de trois fois ceux du Labour. On voit mal comment le Labour pourra se remettre d&rsquo;un tel d\u00e9sastre politique et id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>&gt; Le choix de la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire du Labour irlandais doit \u00eatre une le\u00e7on pour la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne. Lorsque cette derni\u00e8re refuse d&rsquo;incarner une alternative aux politiques de centre-droit, mais au contraire, se fait son bras arm\u00e9 et son alli\u00e9, son sort est souvent scell\u00e9. <a href=\"http:\/\/www.electograph.com\/2016\/02\/the-netherlands-february-2016-peilnl_28.html\">Les travaillistes n\u00e9erlandais de Jeroen Dijsselbloem pourraient conna\u00eetre un score similaire\u00a0: le dernier sondage le fait passer de 38 \u00e0&#8230; 9 si\u00e8ge<\/a>s\u00a0! C&rsquo;est ce qu&rsquo;a compris le PS portugais, pourtant tr\u00e8s r\u00e9formiste, qui tente de porter une alternative au centre-droit en s&rsquo;alliant avec la gauche radicale. C&rsquo;est ce que refuse de comprendre un PS fran\u00e7ais press\u00e9 de couper l&rsquo;herbe sous le pied du centre-droit, r\u00e9duisant ainsi encore son utilit\u00e9 politique. Bref, les \u00e9lections de la lointaine Irlande sont une nouvelle preuve de l&rsquo;impasse des politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9. Mais la le\u00e7on risque encore une fois d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s rapidement oubli\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Par Romaric Godin \u00a0|\u00a0 29\/02\/2016, &nbsp; Le comptage des voix en Irlande, ce week-end. Le gouvernement a \u00e9t\u00e9 durement sanctionn\u00e9. La lourde d\u00e9faite de la coalition sortante en Irlande est aussi une d\u00e9faite pour la strat\u00e9gie \u00e9conomique des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes \u00e0 l&rsquo;oeuvre depuis 2010. Quels enseignements tirer du scrutin irlandais ? 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