{"id":1921,"date":"2015-06-18T11:06:37","date_gmt":"2015-06-18T09:06:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/?p=1921"},"modified":"2015-06-18T11:06:37","modified_gmt":"2015-06-18T09:06:37","slug":"grece-les-creanciers-sont-ils-realistes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/?p=1921","title":{"rendered":"Gr\u00e8ce : les cr\u00e9anciers sont-ils r\u00e9alistes ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/0024.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1922\" src=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/0024.jpg\" alt=\"002\" width=\"591\" height=\"296\" srcset=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/0024.jpg 591w, http:\/\/www.citoyendeurope.com\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/0024-300x150.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Grecs et cr\u00e9anciers jugent la partie d&rsquo;en face \u00ab\u00a0irr\u00e9aliste\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Romaric Godin \u00a0|\u00a0 17\/06\/2015,<\/p>\n<p>Grecs et cr\u00e9anciers se renvoient au visage des accusations d&rsquo;irr\u00e9alisme. Qu&rsquo;en est-il r\u00e9ellement ? Tentative de r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors que, plus que jamais, les discussions entre la Gr\u00e8ce et ses cr\u00e9anciers semblent gel\u00e9es, les deux parties se renvoient des accusations de manques de r\u00e9alisme. Du c\u00f4t\u00e9 grec, Alexis Tsipras, le premier ministre, affirme refuser des exigences \u00ab\u00a0irrationnelles\u00a0\u00bb des cr\u00e9anciers. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, on appelle en permanence les Grecs \u00e0 \u00ab\u00a0revenir sur terre.\u00a0\u00bb Samedi 13 juin, le premier ministre belge, Charles Michel, a ainsi proclam\u00e9 que \u00ab\u00a0la r\u00e9cr\u00e9ation est finie\u00a0\u00bb pour les Grecs. Mais de quel c\u00f4t\u00e9 est le \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb\u00a0? Pour y r\u00e9pondre, il faut reprendre les \u00e9l\u00e9ments point par point.<\/p>\n<h2>Le programme du gouvernement<\/h2>\n<p>Les cr\u00e9anciers ont jug\u00e9 d\u00e8s les premiers jours qui ont suivi l&rsquo;\u00e9lection du 25 janvier que le programme du parti arriv\u00e9 en t\u00eate \u00e9tait \u00ab\u00a0irr\u00e9aliste.\u00a0\u00bb Or, le nouveau gouvernement grec a pris en compte cette objection, trop du reste au go\u00fbt de beaucoup, et fait \u00e9norm\u00e9ment de concessions. Le gouvernement grec a accept\u00e9 d&rsquo;abandonner toute revendication concernant l&rsquo;annulation d&rsquo;une partie de la dette publique. Il a accept\u00e9 de ne relever que progressivement le salaire minimum, contrairement \u00e0 ses engagements. Il a m\u00eame accept\u00e9 une hausse mod\u00e9r\u00e9e de la charge de la TVA. Il s&rsquo;est engag\u00e9 \u00e0 modifier le droit du travail dans le cadre des accords avec l&rsquo;Organisation internationale du Travail (OIT) et l&rsquo;OCDE. Il a m\u00eame renonc\u00e9 \u00e0 assumer une vraie politique \u00e9conomique en s&rsquo;engageant, dans l&rsquo;accord du 20 f\u00e9vrier, \u00e0 ne prendre \u00ab\u00a0<em>aucune mesure budg\u00e9taire unilat\u00e9rale<\/em>.\u00a0\u00bb Bref, la position actuelle du gouvernement grec est une position \u00ab\u00a0d\u00e9fensive\u00a0\u00bb, c&rsquo;est celle des \u00ab\u00a0lignes rouges.\u00a0\u00bb Alexis Tsipras ne cherche r\u00e9ellement plus \u00e0 imposer un programme, mais il veut d\u00e9fendre des acquis menac\u00e9s par les cr\u00e9anciers. Il est donc difficile de l&rsquo;accuser de ne pas avoir effectu\u00e9 l&rsquo;aggiornamento de son programme.<\/p>\n<h2>La politique budg\u00e9taire<\/h2>\n<p>La position grecque a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9noncer comme \u00ab\u00a0irr\u00e9aliste\u00a0\u00bb l&rsquo;objectif d&rsquo;un exc\u00e9dent primaire (hors service de la dette) de 3,5 % du PIB r\u00e9clam\u00e9 par le m\u00e9morandum de 2012 pour 2015. Apr\u00e8s avoir longtemps h\u00e9sit\u00e9 et avoir r\u00e9clam\u00e9, par la voix de Wolfgang Sch\u00e4uble, l&rsquo;application stricte du programme, les cr\u00e9anciers ont convenu de ce qui appara\u00eet aujourd&rsquo;hui comme une \u00e9vidence. A l&rsquo;\u00e9poque, la demande grecque \u00e9tait celle d&rsquo;un exc\u00e9dent primaire de 1,5 % du PIB, position longtemps rejet\u00e9e encore par les cr\u00e9anciers. La situation \u00e9conomique se d\u00e9gradant davantage, l&rsquo;objectif grec est devenu impossible \u00e0 atteindre et finalement, les cr\u00e9anciers ont propos\u00e9 un exc\u00e9dent de 1 % du PIB. Les Grecs ont alors jug\u00e9 que cet objectif \u00e9tait trop ambitieux et ont propos\u00e9 0,6 %. Devant l&rsquo;inflexibilit\u00e9 de la partie adverse, le gouvernement grec a alors relev\u00e9 son objectif jusqu&rsquo;au 1 % du PIB exig\u00e9. Il n&rsquo;est pas certain que cet objectif soit r\u00e9ellement \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb, mais du moins, l\u00e0 encore, il y a eu une adaptation de la partie grecque \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et au rapport de force avec les cr\u00e9anciers. Impossible ici de parler \u00ab\u00a0d&rsquo;irr\u00e9alisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>La situation \u00e9conomique<\/h2>\n<p>Le blocage des n\u00e9gociations a fortement perturb\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie grecque. Mais rappelons que la d\u00e9gradation a d\u00e9but\u00e9 d\u00e8s le mois de septembre dernier, lorsque le pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement d&rsquo;Antonis Samaras avait d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0sortir du programme\u00a0\u00bb, ce qui avait inqui\u00e9t\u00e9 les agents \u00e9conomiques. La d\u00e9gradation de la situation a encore \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e par les d\u00e9cisions de la BCE d&rsquo;interdire de facto le 4 f\u00e9vrier aux banques grecques l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la proc\u00e9dure normale de refinancement et d&rsquo;exclure la Gr\u00e8ce du programme de rachat de titres publics (\u00ab\u00a0QE\u00a0\u00bb). Enfin, les rumeurs de \u00ab\u00a0Grexit\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0Graccident\u00a0\u00bb soigneusement entretenues par les interviews d&rsquo;un Wolfgang Sch\u00e4uble, par exemple, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes pour acc\u00e9l\u00e9rer les retraits de d\u00e9p\u00f4ts qui \u00e0 leur tour favorisent la th\u00e9saurisation, la fuite des capitaux et l&rsquo;incapacit\u00e9 des banques \u00e0 pr\u00eater. Le gouvernement grec doit-il alors c\u00e9der aux exigences des cr\u00e9anciers\u00a0afin de \u00ab\u00a0soulager\u00a0\u00bb l&rsquo;\u00e9conomie ?<\/p>\n<p>Il est vrai qu&rsquo;un accord aurait un effet tr\u00e8s positif imm\u00e9diat sur l&rsquo;\u00e9conomie grecque. Mais une fois ce \u00ab\u00a0rattrapage\u00a0\u00bb pass\u00e9, les effets des mesures d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9es par les cr\u00e9anciers p\u00e8seraient lourd sur une population d\u00e9j\u00e0 accabl\u00e9e par cinq longues ann\u00e9es de mesures d&rsquo;\u00e9conomies. Surtout, encore une fois, au-del\u00e0 des effets \u00ab\u00a0macro-\u00e9conomiques\u00a0\u00bb, ce serait les plus fragiles qui seraient les plus touch\u00e9s\u00a0: les s\u00e9niors qui vivent de petites retraites (deux tiers des retrait\u00e9s grecs ont un revenu inf\u00e9rieur au seuil de pauvret\u00e9), les ch\u00f4meurs qui b\u00e9n\u00e9ficient des transferts intrafamiliaux port\u00e9s par les retraites ou encore les travailleurs pauvres contraints de devoir payer le rel\u00e8vement de la TVA sur les produits de base, notamment l&rsquo;\u00e9nergie et les m\u00e9dicaments. Bref, le r\u00e9alisme est, ici, une notion relative qui doit aussi prendre en compte la r\u00e9alit\u00e9 sociale du pays.<\/p>\n<p>D&rsquo;autant qu&rsquo;il convient aussi de penser \u00e0 la capacit\u00e9 \u00e0 moyen et long terme de l&rsquo;\u00e9conomie grecque. Or, \u00ab\u00a0l&rsquo;ajustement\u00a0\u00bb depuis 2010 a d\u00e9truit une grande partie de cette capacit\u00e9. La Gr\u00e8ce est dans une situation \u00e9quivalente \u00e0 un apr\u00e8s-guerre. Elle a clairement besoin d&rsquo;un programme d&rsquo;investissement pour reconstruire son \u00e9conomie. C&rsquo;est ce que demandait le programme \u00e9conomique de Syriza pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Thessalonique en septembre. C&rsquo;est aussi ce que refusent absolument les Europ\u00e9ens qui, dans ce domaine, manquent cruellement de \u00ab\u00a0r\u00e9alisme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>L&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n<p>Le FMI a publi\u00e9 en 2013 un rapport convenant de ses erreurs lors de la d\u00e9finition des programmes impos\u00e9s \u00e0 la Gr\u00e8ce. Il vient de publier un autre rapport de recherche montrant que l&rsquo;augmentation des in\u00e9galit\u00e9s nuit \u00e0 la croissance. Or, le FMI r\u00e9clame \u00e0 la Gr\u00e8ce des mesures qui ne prennent aucunement compte de ces \u00e9l\u00e9ments de recherche. Du c\u00f4t\u00e9 des Europ\u00e9ens, on reste enferm\u00e9 dans une logique simple qui veut que la croissance ne puisse \u00eatre issue que des \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb et de la consolidation budg\u00e9taire. Ce discours s&rsquo;appuie sur la comparaison de la Gr\u00e8ce, petite \u00e9conomie relativement ferm\u00e9e et peu industrialis\u00e9e, avec l&rsquo;Irlande, qui a toujours \u00e9t\u00e9 un pays tr\u00e8s exportateur et tr\u00e8s industrialis\u00e9, ou l&rsquo;Espagne, \u00e9conomie fort diff\u00e9rente aussi de la Gr\u00e8ce. Tout ceci manque singuli\u00e8rement de r\u00e9alisme et rel\u00e8ve davantage du mythe. Le gouvernement grec qui, rappelons-le, a beaucoup c\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce mythe, refuse de revenir \u00e0 la logique des erreurs de 2010 et 2012. Est-ce l\u00e0 de l&rsquo;irr\u00e9alisme\u00a0? Rappelons que m\u00eame le gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent refusait les mesures de la tro\u00efka par r\u00e9alisme. Lors de son discours \u00e0 la Vouli, Alexis Tsipras a, du reste, mis au d\u00e9fi les membres de l&rsquo;opposition d&rsquo;affirmer leur soutien au plan des cr\u00e9anciers.<\/p>\n<h2>Les retraites<\/h2>\n<p>Dans ce cadre, le probl\u00e8me des retraites est central. Il est la pierre d&rsquo;achoppement principal entre les deux parties. Les cr\u00e9anciers soulignent le poids des d\u00e9penses de retraites (16,7 % du PIB) et le caract\u00e8re insoutenable du syst\u00e8me. Deux points r\u00e9alistes, en effet. Mais soulignons d&#8217;embl\u00e9e, en retour, que peu de syst\u00e8me de retraites sont r\u00e9ellement soutenables en Europe compte tenu de la situation d\u00e9mographique du vieux continent. L&rsquo;Allemagne est loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9pargn\u00e9e de ce point de vue puisque les <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/actualites\/economie\/union-europeenne\/20130311trib000753374\/en-allemagne-on-ose-parler-de-la-retraite-a-69-ans.html\">\u00ab\u00a0Cinq sages \u00e9conomiques\u00a0\u00bb<\/a> avaient propos\u00e9 le report de l&rsquo;\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite \u00e0 69 ans outre-Rhin en 2013 et que la chanceli\u00e8re Angela Merkel a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ouvrir une possibilit\u00e9 de d\u00e9part \u00e0 63 ans pour ceux qui ont cotis\u00e9 45 ans. Rappelons aussi que le report de cet \u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part en Allemagne ne sera fix\u00e9 \u00e0 67 ans qu&rsquo;en 2030&#8230;<\/p>\n<p>Pour la Gr\u00e8ce, cependant, la situation est plus s\u00e9rieuse compte tenu de l&rsquo;absence d&rsquo;acc\u00e8s au march\u00e9 du pays. Mais la strat\u00e9gie des cr\u00e9anciers est-elle r\u00e9aliste\u00a0? En baissant les pensions et en repoussant l&rsquo;\u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part \u00e0 la retraite, on affaiblira le pouvoir d&rsquo;achat et on exercera une pression sur l&#8217;emploi. La croissance en sera nettement amoindrie, ce qui rendra le poids du syst\u00e8me de retraite encore plus insoutenable. Si les retraites p\u00e8sent lourd en rapport du PIB, la mesure pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des cr\u00e9anciers, c&rsquo;est d&rsquo;abord parce que le PIB s&rsquo;est effondr\u00e9 d&rsquo;un quart en 6 ans. Faut-il poursuivre dans cette voie\u00a0?<\/p>\n<p>Du reste, le caract\u00e8re insoutenable de ce syst\u00e8me des retraites s&rsquo;explique aussi par les erreurs des cr\u00e9anciers. Le fonds de retraite grec a perdu 8 milliards d&rsquo;euros dans l&rsquo;annulation de la dette de 2012, alors que, rappelons-le, les dettes priv\u00e9es d\u00e9tenues par la BCE, soit 27 milliards d&rsquo;euros, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9es. Bref, les retrait\u00e9s ont pay\u00e9 pour que la BCE ne paie pas. Est-il r\u00e9aliste aujourd&rsquo;hui de leur demander un nouvel\u00a0\u00ab\u00a0effort\u00a0\u00bb\u00a0? La solution passerait plut\u00f4t par une redynamisation rapide de l&rsquo;\u00e9conomie qui permettrait de favoriser les recettes de l&rsquo;Etat, de baisser le ch\u00f4mage et de permettre aux Grecs de demeurer en Gr\u00e8ce, ce qui est une des cl\u00e9s du maintien du syst\u00e8me de retraite. Le gouvernement a toujours soulign\u00e9 qu&rsquo;il refusait toute modification du syst\u00e8me de retraites dans les conditions actuelles, pas dans l&rsquo;absolu. L\u00e0 encore, le r\u00e9alisme n&rsquo;est pas du c\u00f4t\u00e9 des cr\u00e9anciers.<\/p>\n<h2>La dette<\/h2>\n<p>Aucun \u00e9conomiste s\u00e9rieux ne pr\u00e9tend aujourd&rsquo;hui que la dette publique grecque s&rsquo;\u00e9levant \u00e0 179 % du PIB pourra \u00eatre rembours\u00e9e et soutenable pour l&rsquo;\u00e9conomie hell\u00e9nique. La Gr\u00e8ce devrait, pour cela, \u00e0 la fois retrouver un acc\u00e8s au march\u00e9 et d\u00e9gager jusqu&rsquo;en 2054, date du dernier remboursement, des exc\u00e9dents budg\u00e9taires primaires tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s qui sont autant de ponction sur l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique. Le plan des cr\u00e9anciers et du gouvernement pr\u00e9voient ainsi un exc\u00e9dent primaire entre 2017 et 2018 de 3,5 % du PIB. En alliant ce fait \u00e0 l&rsquo;incapacit\u00e9 de la zone euro et de l&rsquo;UE \u00e0 lancer un programme ambitieux d&rsquo;investissement en Gr\u00e8ce, donc avec une croissance qui restera faible, le remboursement int\u00e9gral est une gageure. Comme du reste elle l&rsquo;est pour des pays comme le Portugal ou l&rsquo;Irlande. Les cr\u00e9anciers le savaient bien puisqu&rsquo;en 2012, ils s&rsquo;\u00e9taient engag\u00e9s \u00e0 entamer des pourparlers de restructuration de la dette et qu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 une telle restructuration en novembre 2012. Pourtant, les cr\u00e9anciers refusent de discuter de la dette avec le nouveau gouvernement grec et s&rsquo;accroche \u00e0 cette fiction que \u00ab\u00a0tout doit \u00eatre rembours\u00e9.\u00a0\u00bb On est l\u00e0 dans l&rsquo;irr\u00e9alisme complet.<\/p>\n<p>La question de la dette n&rsquo;est pas une question lointaine comme certains le pr\u00e9tendent. Si les remboursements au FESF et aux Etats europ\u00e9ens ont \u00e9t\u00e9 report\u00e9s \u00e0 2023, la Gr\u00e8ce, sans acc\u00e8s au march\u00e9, doit rembourser d\u00e8s cette ann\u00e9e le FMI et la BCE pour, en tout, une vingtaine de milliards d&rsquo;euros. Cet argent est vers\u00e9, depuis ao\u00fbt dernier, sans aide ext\u00e9rieure, avec ses propres exc\u00e9dents. Dire que la Gr\u00e8ce est un mauvais payeur et ne respecte pas les r\u00e8gles est donc non seulement faux, mais aussi injurieux pour une \u00e9conomie qui a sans doute davantage besoin de ces fonds que le FMI ou la BCE. Obliger la Gr\u00e8ce, dans sa situation, \u00e0 verser 6,7 milliards d&rsquo;euros \u00e0 sa propre banque centrale, rel\u00e8ve de l&rsquo;irr\u00e9alisme le plus total. C&rsquo;est pourtant un point sur lequel la BCE ne transige pas et aucune restructuration n&rsquo;est \u00e0 ce jour envisag\u00e9e.<\/p>\n<h2>La confiance<\/h2>\n<p>Les cr\u00e9anciers pr\u00e9tendent ne pas pouvoir avoir confiance dans le gouvernement grec et demande des garanties. Ath\u00e8nes a accept\u00e9, au prix de sacrifices que l&rsquo;on a d\u00e9crits plus haut, d&rsquo;accorder de nombreuses garanties. Elles sont insuffisantes, pr\u00e9tendent les cr\u00e9anciers qui ne cessent de ramener l&rsquo;actuel gouvernement aux erreurs du pass\u00e9. Mais il est bien \u00e9trange de faire porter sur un gouvernement compos\u00e9 de partis n&rsquo;ayant jamais gouvern\u00e9 depuis 1974 le poids des erreurs des gouvernements du pass\u00e9. Mieux m\u00eame, les cr\u00e9anciers ne se seraient sans doute pas montr\u00e9s si durs avec un gouvernement Samaras qui, pourtant, \u00e9tait compos\u00e9s de ceux qui avaient plac\u00e9 la Gr\u00e8ce dans l&rsquo;impasse financi\u00e8re. Cette attitude semble peu r\u00e9aliste et purement id\u00e9ologique. Elle a justifi\u00e9 pourtant le comportement des cr\u00e9anciers depuis les premiers jours du gouvernement grec et le rejet de tous les plans de r\u00e9formes et de toutes les concessions d&rsquo;Ath\u00e8nes. Par exemple, dimanche, les n\u00e9gociateurs grecs ont propos\u00e9 de combler l&rsquo;\u00e9quivalent des baisses de retraites (1,8 milliard d&rsquo;euros) par l&rsquo;am\u00e9lioration des recettes fiscales. Les premi\u00e8res mesures de ce type ont d\u00e9j\u00e0 permis de r\u00e9cup\u00e9rer 500 millions d&rsquo;euros. Mais Bruxelles a refus\u00e9 net.<\/p>\n<h2>Le rapport de force<\/h2>\n<p>Le seul argument r\u00e9aliste serait donc celui de la \u00ab\u00a0loi du plus fort\u00a0\u00bb\u00a0: la petite Gr\u00e8ce ne saurait r\u00e9sister \u00e0 la volont\u00e9, juste ou non, des 17 autres pays de la zone euro, du FMI, de l&rsquo;ensemble de la presse \u00e9conomique du monde et des \u00e9conomistes reconnus. Elle doit, estime-t-on, cesser d&rsquo;argumenter et capituler devant une force aussi formidable. C&rsquo;est sans doute une position r\u00e9aliste, mais qui pose bien des probl\u00e8mes. D&rsquo;abord, la zone euro deviendrait alors, comme le soulignait Alexis Tsipras dans sa tribune au Monde, une \u00ab\u00a0zone euro \u00e0 deux vitesses\u00a0\u00bb avec ceux qui ordonnent et ceux qui ob\u00e9issent. L&rsquo;euro comme facteur de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 pourrait p\u00e2tir d&rsquo;un tel ordre violent. Ensuite, c&rsquo;est oublier que, avec sa dette immense, la Gr\u00e8ce dispose de l&rsquo;arme du d\u00e9biteur\u00a0: celui du d\u00e9faut. La raison entra\u00eene toujours les cr\u00e9anciers \u00e0 n\u00e9gocier avec leurs d\u00e9biteurs insolvables. Ceux qui ont refus\u00e9 l&rsquo;accord argentin, par exemple, peuvent bien avoir raison en droit, ils ne seront jamais pay\u00e9s par Buenos Aires. La loi du plus fort n&rsquo;est pas toujours aussi simple qu&rsquo;on le croit&#8230;<\/p>\n<p>Au final, la position des cr\u00e9anciers semblent fort peu r\u00e9aliste. Elle s&rsquo;appuie sur des objectifs contestables, sur une logique \u00e9conomique qui a \u00e9chou\u00e9 et sur des ambitions politiques que les formes officielles cachent bien difficilement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Grecs et cr\u00e9anciers jugent la partie d&rsquo;en face \u00ab\u00a0irr\u00e9aliste\u00a0\u00bb Romaric Godin \u00a0|\u00a0 17\/06\/2015, Grecs et cr\u00e9anciers se renvoient au visage des accusations d&rsquo;irr\u00e9alisme. Qu&rsquo;en est-il r\u00e9ellement ? Tentative de r\u00e9ponses. &nbsp; Alors que, plus que jamais, les discussions entre la Gr\u00e8ce et ses cr\u00e9anciers semblent gel\u00e9es, les deux parties se renvoient des accusations de manques &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/?p=1921\">Continue reading<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1921","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","item-wrap"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1921"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1921\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1923,"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1921\/revisions\/1923"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.citoyendeurope.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}